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Championnat professionnel de football: Le règne des limogeages

cameroun,championnat,professionnel,football,regne,des,limogeages,cameroon,CAMEROUN :: Championnat professionnel de football: Le règne des limogeages :: CAMEROON« C’est le jour où vous apposez votre signature au bas du contrat que vous signez également votre départ ». Adage bien connue dans le milieu des entraineurs de football. Dans les championnats professionnels camerounais, on constate que c’est la règle. Car, il y a des présidents de clubs qui, en une saison, en dehors de réaménager leur banc de touche plus d’une dizaine de fois en une saison, s’en prennent souvent ouvertement à leurs coaches au cours des rencontres. Mutations tente de décrypter ce phénomène avec le concours d’un analyste des questions de football qui propose entre autres des pistes de solutions.

Limogeage des entraineurs
Comme une saignée dans le championnat camerounais
Près de dix patrons de bancs de touche ont déjà été destitués de leurs fonctions depuis l’ouverture de la Mtn Elite one le 11 février dernier.
Par Désiré Domo

Tout commence en début février dernier. Alors que le championnat national camerounais Mtn Elite one s’apprête à démarrer, après moult reports, Faustin Domkeu, président de New Stars de Douala, limoge l’entraineur de son club, Laurent Djam. Pourtant, les Nouvelles étoiles (New Stars) sortent d’un sacre avec le technicien camerounais : celui de vainqueur de la Coupe du Cameroun face à Ums de Loum à Yaoundé. En interne, on parle d’un problème de collaboration, tandis que certains médias invoquent le manque de résultats. « Le fait d’avoir un entraineur ce mois et un autre le mois prochain nous perturbe. Parce que ce qui compte en premier entre le coach et les joueurs, c’est le discours. Il doit absolument vite passer. Chaque fois que ce n’est pas le cas, il y a un problème », explique Serge Yvan Kollo Malolo, attaquant de Dragon de Yaoundé.

Cette destitution n’est pas la seule. Les cas de cette nature sont légion en Mtn Elite one cette saison. En l’espace de 16 journées sur les 34 possibles, l’on a enregistré près de dix départs d’entraineurs des bancs de touche. Anicet Mbarga Foé est parti d’Eding Sport de la Lekié pour Bamboutos de Mbouda, juste après avoir remporté le titre de champion du Cameroun avec le club dirigé par Saint Fabien Mvogo.

Dans le même ordre d’idées, Charlemagne Mbongo est remercié par l’administration de Bamboutos de Mbouda. Puis, c’est au tour de Christophe Fagna Fagna d’être démis de ses fonctions d’entraineur de Aigle de Dschang. Il sera aussitôt remplacé par Birwe Minkréo. Lequel, quelque temps plus tard, est à son tour destitué par les dirigeants de Coton Sport de Garoua pour mauvais résultats. L’ancien entraineur des Lionnes U17 sera récupéré par Aigle Royal de la Menoua : un retour à la maison. « C’est dû à une incompréhension entre les présidents de clubs et les entraineurs. Le plus souvent, lors de la signature du contrat, il y a des choses que des présidents de clubs promettent.

Mais une fois à l’intérieur, les données ne sont plus les mêmes. Et c’est parfois ça qui permet de ne pas faire de bons résultats, parce que les joueurs sont épuisés », affirme Emmanuel Etémé, entraineur de Feutcheu de Bandjoun. Même la presse camerounaise en prend un coup. « Je pense que de la même manière, l’instabilité des coaches sur les bancs de touche dérange le fonctionnement de l’équipe, autant ça dérange les journalistes qui, à la fin, ne peuvent pas toujours donner avec aisance le nom des coachs », s’insurge Etienne Mbala, chef service des sports de Vision 4.

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Ce n’est pas tout. Après Birwe Minkreo, le séjour abrégé des entraineurs sur les bancs de touche va continuer son bonhomme de chemin. Cette fois, c’est Thierry Mettomo qui en paye les frais à la Colombe du Dja et Lobo. Comme à l’accoutumée, le mauvais résultat est brandi comme preuve du limogeage de l’ex-entraineur du Canon sportif de Yaoundé. Les statistiques du natif de la région affichent 11 matchs disputés pour 2 victoires, 4 défaites et 5 matches nuls. L’un des derniers cas en date est celui de Laurent Djam de Stade Renard en début du mois en cours, viré du banc de touche du club de Melong pour les mêmes raisons.


Présidents de clubs
Un caillou dans les godasses des entraîneurs
Au-delà de la gestion administrative de leurs équipes, ils imposent à leurs entraîneurs des choix techniques sous la menace d’un limogeage.
Par Claude Olivier Banaken

Au Cameroun, entraîner certains clubs du championnat de football Mtn Elite one est tout, sauf une partie de plaisir. Les notions de fair-play, de respect de l’autre ainsi que l’esprit de la gagne tendent à disparaitre. Dans les équipes, ce qui prime aujourd’hui, c est l’obéissance au «tout-puissant président», lequel prend toutes les décisions administratives et même techniques au détriment du coach, contraint de les appliquer s’il veut garder son poste.

Ainsi, un entraîneur démis de ses fonctions en plein milieu de la saison, cela n’a plus rien de surprenant au Cameroun. Ces derniers sont virés manu-militari par leurs présidents de clubs et n’ont pour la plupart droit à aucune prime de dédommagement. A titre d’exemple, Ums de Loum, champion du Cameroun en 2016 pour la première fois de son histoire, se donne en spectacle le 17 mai de ladite saison, lors du match face à Stade Renard de Melong (0-0, Ndlr) comptant pour la 14e journée.

A la mi-temps Patrick Kwemo, le président du club, exige un remplacement à son entraîneur Bonaventure Djonkep, qui s’oppose à cette instruction. Attitude qui chagrine le dirigeant. Après une brève altercation au bord du terrain, Kwemo demande au coach de quitter le club, mais ce dernier refuse de démissionner. La collaboration entre les deux hommes se terminera devant les tribunaux.

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Bamboutos

A Mbouda, Justin Tagouh, le président du club, a offert à l’équipe un record jusqu’ici inégalé, en utilisant une dizaine d’entraîneurs en 34 matchs, au cours de la saison 2015- 2016. « Il suffit que la taupe  fasse au mauvais rapport sur un joueur ou un entraîneur pour qu’il soit remercié  », raconte un ancien joueur de cette formation. La méthode est également propre à Feutcheu Fc.

Son président, Joseph Feutcheu, n’a de compte à rendre à personne. « J’ai eu un coéquipier que le président a expulsé de l’équipe en plein match pour contre-performance devant le coach qui n’a rien eu à  redire », confie un autre ancien joueur de cette équipe ayant requis l’anonymat. Si Pierre Kwemo, Justin Tagouh et Joseph Feutcheu sont considérés comme les présidents qui donnent le plus de frayeur aux joueurs et entraîneurs, ils ne sont cependant pas les seuls au Cameroun. Après de nombreuses plaintes déposées auprès de la Ligue de football professionnel du Cameroun (Lfpc) par certains entraîneurs, la structure a décidé d’interdire aux présidents de clubs l’accès aux vestiaires avant, pendant et à la mitemps des matchs. En effet, depuis la saison dernière (2016-2017), Pauline Thérèse Manguélé, secrétaire général de la Lfpc, a rendu publique une circulaire interdisant l’accès des vestiaires aux dirigeants des clubs pendant les rencontres. Ladite circulaire porte sur le rappel des dispositions réglementaires régissant les championnats de football au Cameroun. Notamment l’alinéa 2 de l’article 14 du statut des championnats Elite one et two et l’article 18 R. 2016/2017 du règlement intérieur des compétitions.

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Pierre Kwemo
Un ballon d’or en limogeage
Le président de l’Union des mouvements sportifs de Loum est le cas typique des présidents de clubs qui interfèrent dans le travail de leurs entraineurs.
Par Dimitri Mebenga

Le plus grand souvenir que garde le public envers le président de l’Union des mouvements sportifs de Loum, Pierre Kwemo, date du dimanche 14 mai 2017. Ums de Loum livre un match contre Stade Renard de Melong, pour le compte de la 14e journée de la Mtn Elite one. A un moment de la rencontre, Pierre Kwemo a quitté la tribune pour venir intimer l’ordre à son entraîneur d’opérer des changements. « De la tribune, le président a commandé le remplacement d’un joueur. Mon staff et moi réfléchissions pour savoir ce qui devait être fait. Il est descendu de la tribune pour récupérer la feuille de remplacement et y inscrire le nom du joueur qu’il voulait y envoyer. Je m’y suis opposé et nous avons failli en arriver aux mains », avait déclaré Bonaventure Djonkep. La vidéo a fait le tour des réseaux sociaux. On aperçoit Bonaventure Djonkep en train de fulminer. Retenu par des policiers, gendarmes et quelques quidams, l’entraîneur crie sur Pierre Kwemo, le président du club.

En 2016, en moins de 10 journées de championnat, le tout-puissant président de Ums de Loum avait déjà consommé trois entraîneurs de football. Il invoquait à chaque fois l’insuffisance de résultats de la part de ces coaches. Après Olivier Nankam et Anicet Foe Mbarga, Adolph Ekeh de regrettée mémoire, était le troisième entraineur que Ums utilisait en moins de dix journées de championnat. Olivier Nankam, l’entraîneur qui a permis au club du département du Moungo de remporter sa première Coupe du Cameroun éructait : « Il faut être très fort pour passer une semaine avec le président pierre Kwemo. Il est vraiment difficile à vivre ».

Anicet Foé Mbarga n’était pas allé du dos de la cuillère pour exprimer son courroux après son licenciement. « Le président Kwemo est invivable. Il ne vient pas à l’entrainement. Il ne regarde pas le match. Mais c’est au téléphone qu’il donne des instructions. Dites au coach de remplacer tel joueur, dites au coach de faire entrer tel… Est-ce que cela se fait ? ». On remarque tout de même que Pierre Kwemo s’amende de plus en plus. Car, depuis le début de la saison, il n’a pas encore procédé à un changement d’entraineur.

Mballa Mekongo
Une ingérence nocive est un facteur préjudiciable
L’analyste sportif et consultant en communication à la Ligue de football professionnel du Cameroun décrypte cette situation.
Par Dimitri Mebenga

Quel regard jetez-vous sur les présidents de clubs de football au Cameroun qui interfèrent dans le travail de leurs entraineurs au cours des rencontres ?

Quant à l’observation évidente d’une somme d’ingérences de certains présidents de clubs dans le travail ou le choix de leurs entraineurs, il y a lieu d’éviter toutes postures hermétiques pour la simple raison que le football reste un sport non seulement émotif, mais aussi que le président est au coeur de l’organisation managériale du club. Ce qui revient à dire que ce qui mérite d’être mis en exergue, c’est la conscience professionnelle utile des uns et des autres dans le seul intérêt productif du club. Si le côté flagrant parfois exubérant de certains présidents sont à déplorer, il n’en demeure pas moins que ce type de comportement mérite d’être suffisamment endigué, considérant aussi que cela n’est point une spécificité camerounaise.

Ce genre d’attitude ne fragilise-t-elle pas l’entraineur auprès de ses joueurs et de la communauté des supporters ?

Il est évident que l’organisation managériale au sein d’une structure sportive est bien compartimentée. L’administration est distincte du staff technique qui est le champ de compétence exclusive de l’entraineur et ses collaborateurs. Une ingérence nocive, très souvent véhémente du président peut-être un facteur préjudiciable quant à la tenue de celui-ci, ainsi que des résultats sportifs de l’équipe. Mais, j’aime à souligner également que l’administration est complémentaire de la technique. Ceci, dans un cadre objectif, puis pertinent de la collaboration.

Quelles sont les mesures prises par la Lfpc pour protéger les entraineurs ?

Des mesures spécifiques, puis précises prises par la Ligue de football professionnel du Cameroun sont de plusieurs ordres. Déjà, bien s’assurer que la réglementation en vigueur est observée, notamment en ce qui concerne le cursus de formation des entraineurs éligibles à entrainer dans les championnats professionnels. Pour la MTN Elite one, être titulaire d’une licence fédérale niveau A de la Confédération africaine de football (Caf) ; pour la MTN Elite two, être titulaire d’une licence fédérale A1 ou un autre diplôme supérieur en entrainement. Ensuite, il est aussi d’exiger des clubs de procéder à des engagements d’entraineurs sur la base d’un contrat valide de droit privé. Ce qui juridiquement fonde davantage à mieux recouvrir leurs droits en cas de séparation, mais d’être régulièrement rémunérés.

Un mot sur le nomadisme des entraineurs dans les championnats professionnels du Cameroun…

Pour ce phénomène dit de nomadisme, il est inhérent à la nature professionnelle de cette corporation. C’est le jour que vous apposez votre signature de contrat que vous signez également votre départ, dit-on dans le jargon. Cela dit, il est toujours bien conseillé d’avoir un cadre de travail apaisé, puis pertinent, afin justement que le processus de résultats sportifs positifs suive. C’est le cas de Yong Sport Academy de Bamenda de Emmanuel Ndoumbe Bosso, David Pagou avec Renaissance de Ngoumou, pour ne citer que ceux-là. Il est important qu’une action cohérente soit toujours bien établie entre les différentes parties afin que la chaine des valeurs facilite la bonne expression de la qualité organisationnelle pertinente des compétitions, telle que voulue par l’administration de la ligue.

  • Hits : [ 2797 ] 26 Avr 2018 13:25:00

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